Cystites chroniques : comment s’en sortir ?

par | 13 Oct 26 | Blog, Hormones

Une cystite est dite chronique lorsqu’elle survient 4 fois ou plus en 12 mois.1 femme sur 10 souffre de cystite en France chaque année et 20% d’entre-elles ont des cystites récidivantes. C’est loin d’être négligeable ! Le problème, c’est que bien souvent, on continue de soigner l’infection sans chercher à corriger le terrain et la cause de récidive…et c’est là où la  nutrithérapie a toute sa place à jouer !

Là ou avant, je me serais contentée de recommander simplement un mélange de plantes et du D-mannose, en complément des antibiotiques, aujourd’hui clairement je m’interroge sur les causes de récidives et les déséquilibres profonds à corriger pour aider les femmes que j’accompagne à enfin retrouver un équilibre intime.

Les points à retenir de cet article

  • Une cystite aigue ne se traite pas comme une cystite chronique

  • La récidive de cystites avec le même germe n’est pas liée à une nouvelle infection mais à une persistance des bactéries entre deux épisodes d’antibiotiques.

  • Si les bactéries persistent, c’est que ton corps et ta muqueuse a perdu sa capacité à se défendre à cause d’un problème de microbiote (local et intestinal), d’une immunité locale affaiblie liés souvent à une muqueuse enflammée

  • L’approche naturelle du traitement des cystites chroniques ne remplace pas l’approche médicale classique, elle la complète.

  • Parfois, la solution à tes cystites chroniques se trouve (aussi) dans des causes plus émotionnelles

Les cystites chroniques : rarement liées à une nouvelle infection, plutôt à la persistance de bactéries anciennes ?

Alors que bien souvent nous traitons chaque récidive de cystite comme une nouvelle infection, les études récentes tendent à montrer qu’il y aurait plutôt une persistance des bactéries d’une cure d’antibiotique à l’autre. Et cela change beaucoup la façon d’aborder le problème ! Laisse-moi t’expliquer simplement les mécanismes derrière pour que tu comprennes.

1-Les bactéries ne restent pas sur la paroi, elles entrent dedans

Généralement, la cystite est lié à l’infection par des bactéries du genre E.Coli. Les souches virulentes de cette bactérie possèdent à leur surface des sortes de crochets, les adhésines, qui leur permettent de se fixer à la paroi de la vessie.

Sauf qu’elles ne s’arrêtent pas là. Selon une étude menées sur des souris1 (OK, tu n’es pas exactement une souris mais plusieurs éléments de preuve tendent à montrer que c’est relativement semblable chez la femme !) ces bactéries pourraient aussi pénétrer à l’intérieur des cellules de la paroi et s’y multiplier, formant ainsi un sorte de réservoir. Ainsi cachées à l’intérieur des cellules échappent à deux choses : à ton système immunitaire et à l’antibiotique ! Elles peuvent se mettre en dormance  pendant des semaines, puis réémerger, et coloniser à nouveau la vessie.

2-Résistance bactérienne et formation de biofilms

Ce mécanisme est beaucoup mieux connu et répandu à d’autres niveaux (dans l’agroalimentaire, sur le matériel des hôpitaux comme les cathéters et autres…). Quand une colonie bactérienne est attaquée par un antibiotique, certaines d’entre-elles peuvent présenter une résistance à ce médicament et résister au traitement. C’est d’ailleurs un phénomène de plus en plus fréquent lié à l’usage trop fréquent des antibiotiques (pas seulement chez toi, de manière générale). Ces bactéries résistantes peuvent former des biofilms, c’est-à-dire des sortes de ‘cocons protecteurs’ dans lesquels elles vont se cacher avec leurs copines bactéries (voire parfois avec d’autres micro-organismes !) et se mettre en dormance quelques semaines…avant de ressortir et coloniser à nouveau la vessie.

3- Déséquilibre et affaiblissement des muqueuses utérines et vésicales

Tout comme dans l’intestin, les muqueuses vaginale et de la vessie disposent de leur propre système de protection et de défense ! Notre corps n’a pas attendu l’invention des antibiotiques pour se défendre. Le problème, c’est qu’en cas de muqueuse atrophiée ou enflammée, et bien cette immunité tend à diminuer. Idem, si ton système immunitaire général n’est pas assez solide, par exemple en cas de carences (en zinc, fer, vitamine D…), et bien ton corps a du mal à se défendre correctement et cela peut favoriser un retour d’infection ou une sensibilité accrue.

Qu’est ce qui favorise la fragilité de la muqueuse de ta vessie ?

  • Les changements hormonaux de la préménopause et de la ménopause. Avec la chute des œstrogènes, les muqueuses du vagin ainsi que celle de la vessie s’affinent, la flore locale s’appauvrit, ce qui rend le terrain plus fragile aux infections vaginales autant que urinaires (les germes pathogènes peuvent aussi remonter du vagin jusque dans les voies urinaires).
  • L’aménorrhée ou absence de règle : pas de règles = peu d’oestrogènes, on se retrouve avec le même problème que dans le cas de la ménopause
  • Un microbiote intestinal déséquilibré et une inflammation de bas grade ou à bas-bruit. Les études2 montrent que les femmes ayant des antécédents de cystites présentent un microbiote intestinal moins diversifié, avec davantage de bactéries pro-inflammatoire et moins de bactéries productrices de butyrate (acide gras anti-inflammatoire). D’ailleurs, des analyses sanguines indiquent que les femmes sensibles aux infections présentaient les marqueurs d’une inflammation de bas grade.
  • Des traitements antibiotiques à répétition : ils appauvrissent autant ton microbiote intestinal que celui de ta vessie et tendent à fragiliser les muqueuses et affaiblir ton immunité locale.

Cystite aigue vs chronique : des prises en charge différentes

Tu ressens des douleurs en urinant au niveau du bas ventre avec de la fièvre? Tu as des douleurs dans les lombaires ? Tu remarques la présence de sang dans les selles ? Consulte un médecin en urgence pour faire une analyse urinaire ou ECBU et, si positif, prend les antibiotiques. Une cystite aigüe ne doit pas se prendre à la légère car elle peut remonter jusqu’aux reins. La naturopathie ou la nutrithérapie n’ont pas vocation à être un traitement d’urgence.

La cystite devient chronique lorsque les épisodes se répètent sur l’année (en France, la haute autorité de santé a fixé le seuil arbitrairement à 4 épisodes/an, dans certains pays c’est 2 ou 3…) et qu’à chaque fois l’ECBU ressort positif à la même bactérie E.Coli. Dans ce cas, souvent les femmes ressentent les signes avant-coureurs et il est alors possible de tenter une approche naturelle, mais surtout elle sera utile entre les traitements pour travailler sur le terrain, donc sur le renforcement de la muqueuse, du microbiote et de l’immunité locale. Une collaboration entre gynécologue et nutrithérapeute est donc souhaitable à ce niveau.

Et si l’ECBU ressort négatif ?

En cas de doute, et avant de prendre un antibiotique, demander une recherche de Clamydia et de mycoplasmes, deux infections sexuellement transmissibles pouvant donner des signes assez proches de ceux de la cystite (mais ne se traitant pas pareil). Si cela ressort négatif, une prise d’antibiotique peut être tentée, car l’ECBU n’est pas fiable à 100% et certaines bactéries peuvent ‘passer au travers des mailles’. En revanche, si le traitement ne fait rien, empire ou que cela récidive quelques jours ou semaines plus tard, il faut chercher une autre cause : inflammation de la muqueuse en lien avec une intolérance à l’histamine, cystite interstitielle, vulvodynie, vaginisme, sécheresse vaginale.

Les cystites chroniques : comment je les aborde en nutrithérapie?

1-Je commence par écouter l’histoire de la consultante :

depuis quand cela a commencé et suite à quoi: rapport sexuel ? prise d’antibiotique ? traumatisme émotionnel ? période de préménopause ou de ménopause ? Rien n’arrive pas hasard ni par malchance. Parfois le déclencheur n’est pas identifiable et on est plus sur un affaiblissement général du terrain. Et parfois, la cause est émotionnelle (et c’est plus fréquent qu’on ne le pense !). je me souviens ainsi d’une consultante qui a commencé à avoir des cystites avec son petit-ami de l’époque avec qui elle ne s’entendais pas très bien, intimement parlant. C’est comme si son corps l’empêchait d’avoir des rapports alors que sa tête n’osait pas dire non…

2-Je regarde les autres signaux du corps, les autres symptômes.

S’il est tout a fait possible d’avoir un déséquilibre isolé, parfois (souvent ?) il y a d’autres déséquilibres et d’autres troubles. Et ils sont rarement indépendants ! Ainsi, lorsque je rencontre une femme avec des cystites récidivantes et des ballonnements fréquents, un transit irrégulier et/ou des douleurs de ventre, cela va m’orienter vers un travail sur le microbiote intestinal en priorité ! C’est d’ailleurs fréquent qu’en corrigeant les déséquilibres digestifs, la cystite ne revienne plus. Au contraire, chez une femme dans la quarantaine sans signaux digestifs mais avec des premiers signes de préménopause, je travaillerais plutôt le volet hormonal et la carence en œstrogène, soit par des plantes, voire avec l’application locale d’œstrogènes  demander à sa gynécologue ou sage-femme.

3-Je demande et corrige aussi systématiquement les indices biologiques clés dans les prises de sang :

recherche de marqueurs d’inflammation, niveaux de zinc, fer, vitamine D pour l’immunité,…En cas de terrain inflammatoire, j’oriente la consultante vers une alimentation anti-inflammatoire bien sûr, mais aussi on travaille sur son intestin et sa perméabilité intestinale.

4-A la fin seulement, je vais orienter la consultante vers des compléments alimentaires

pour une action plus locale, les compléments peuvent être recommandés ensuite. Je fais attention à ce qu’ils soient adaptés à chaque cas et à l’historique de la consultante (antécédents de prise d’antibiotique et risques de biofilm, échec ou au contraire réussite passée avec une certaine plante,…). On parle souvent du D-mannose et de l’extrait de cranberries, mais il en existe d’autres, moins connus comme la busserole, l’extrait de thé vert,… sans oublier au besoin des probiotiques ou prébiotiques, là encore tout va dépendre de la personne. Je n’ai pas un protocole unique ‘spécial cystite’ !

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Sources :

  1. Anderson GG, Dodson KW, Hooton TM, Hultgren SJ, 2004, Trends in Microbiology, Intracellular bacterial communities of uropathogenic Escherichia coli in urinary tract pathogenesis. Le mécanisme de réservoir intracellulaire, décrit en modèle animal
  2. https://www.biocodexmicrobiotainstitute.com/fr/pro/de-la-dysbiose-intestinale-linfection-urinaire

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