Intolérance à l’histamine : savoir l’identifier et la prendre en charge

par | 7 Jan 26 | Blog, Santé digestive

Multi-intolérances alimentaires, reflux, douleurs, malaises, démangeaisons, faiblesse, fatigue, rougeurs, diarrhées… impression de « réagir à tout », de ne plus rien pouvoir manger, de ne plus rien supporter ? Il se peut que ce soit en lien avec l’histamine. Cette molécule est souvent bien connue des personnes allergiques à qui on prescrit des antihistaminiques. Pourtant, son rôle va bien au-delà et elle peut générer des symptômes désagréables, voire vraiment handicapant en dehors de véritables allergies. Qu’est-ce que cette « intolérance à l’histamine », comment la détecter et comment s’en défaire ? Les réponses dans cet article.

Qu’est-ce que l’histamine ?

L’histamine est une amine naturelle synthétisée à partir de la L-histidine, un acide aminé essentiel. C’est aussi une molécule de signalisation du système immunitaire intervenant dans les processus inflammatoires et allergiques.  Elle est synthétisée par les granulocytes basophiles et les mastocytes (cellules appartenant à une variété de globules blancs).

L’histamine a aussi un rôle de signalisation lorsqu’elle est aussi libérée naturellement dans de nombreux endroits de notre corps (la peau, le foie, l’estomac, la moelle osseuse, le cerveau). Elle intervient également dans le processus d’acidification de l’estomac (indispensable à une bonne digestion) ou encore au niveau du cerveau, comme un neuromédiateur agissant sur le réveil. Elle a donc un rôle indispensable au bon fonctionnement de notre corps !

L’histamine peut également être apportée par des aliments ou libérée lors de la digestion de ces derniers. Ainsi, l’histamine va se retrouver dans les produits ayant subits une fermentation ou une dégradation de leurs protéines lors du vieillissement. C’est le cas des fromages, des poissons fumés, de la charcuterie. Certains aliments sont naturellement riches en histamine, comme la tomate, les épinards ou certains fruits exotiques. D’autres aliments vont libérer de l’histamine ou d’autres amines biogènes (putrescine, cadavérine,…) lors de leur fermentation par des bactéries protéolytiques (=digérant les protéines) dans l’intestin.

tableau aliments riches en histamine

*Le taux d’histamine variera selon l’espèce et restera faible si le poisson a été surgelé directement sur le bateau

Tableau 1- Liste simplifiée des aliments contenant ou libérant de l’histamine

Intolérance à l’histamine : de quoi parle-t-on vraiment ?

L’intolérance à l’histamine est davantage lié à une difficulté à dégrader l’histamine (manque enzymatique) au niveau de l’intestin.  L’histamine apportée par les aliments ou libérée lors de la digestion est en général dégradée par 2 enzymes : la DAO (diamine oxydase) et la HNMT (Histamine N-méthyl transférase). Ces enzymes sont présentes au niveau des microvillosités des cellules de l’intestin. La DAO est prépondérante dans l’intestin grêle, alors que les deux enzymes sont également actives dans le gros intestin, où la fermentation est la plus importante.

Quels en sont les symptômes d’une intolérance à l’histamine ?

Il existe 4 types de récepteurs à l’histamine dans le corps (H1R, H2R, H3R et H4R). En fonction de leur localisation et du processus de réponse enclenché, on aura différents symptômes associés :

symptomes dune intolérance à l'histamineTableau 2 : symptômes fréquents liés à l’intolérance à l’histamine

Il est rare qu’une personne présente tous les symptômes mentionnés ci-dessus. Souvent, cela se restreint à quelques-uns ( au moins deux) ou à des symptômes touchant la même sphère. Ces symptômes surviennent mois de 4h après l’ingestion d’un aliment.

Attention cependant : selon le Dr Wetchoko, l’intolérance à l’histamine n’est pas uniquement d’origine intestinale car il existe aussi d’autres voix de dégradation de l’histamine et parfois, ce sera plus un souci de sensibilité des récepteurs…ce qui rend le diagnostic parfois complexe.

Quels tests demander pour confirmer un souci d’histamine?

A l’heure actuelle il existe 2 types de tests pouvant être réalisés pour identifier une intolérance à l’histamine.

Le premier consiste en un dosage de l’activité de la DAO dans le sang. Ce type de test peut être réalisé dans des laboratoires spécialisés comme le laboratoire Bioavenir, les laboratoires Biomnis-Juvénalis,  Imupro (R-Biopharm) et Zamaria. Cela pourrait permettre de mettre en évidence une activité de l’enzyme DAO insuffisante, soit par manque d’enzyme, soit par diminution de son activité enzymatique. En revanche il ne semble pas encore exister de test concernant l’activité de l’autre enzyme dégradant l’histamine, la HNMT.

Il est également possible de faire un dosage de l’histamine fécale. Ce dosage peut être réalisé chez LIMS (Belgique) ou par les laboratoires Réunis. A mon sens ce test est le plus représentatif du déséquilibre et de ce qui se passe au niveau digestif, mais les avis divergent.

 

Pourquoi l’intolérance à l’histamine survient-t-elle ?

Il existe plusieurs raisons à l’apparition d’une intolérance à l’histamine.

1-Polymorphisme génétique:

De par leur héritage génétique, certaines personnes sécrètent peu de DAO ou ont une DAO qui fonctionne mal. Ce type de trouble est présent dès la naissance et peut être suspecté si les symptômes cités avant sont présents depuis le début de la diversification alimentaire.

2-Dommages causés aux cellules intestinales et aux microvillosités.

On l’a vu plus haut, les enzymes chargées de dégrader l’histamine sont situées au niveau des microvillosités de la paroi intestinale. Si celle-ci est inflammée, ou que les villosités sont abimées, comme cela peut être le cas en cas de maladie cœliaque, de SIBO, de dysbiose du colon ou encore de soucis biliaires, les enzymes DAO et/ou HNMT peuvent alors diminuer. Cela s’accompagne également d’une perméabilité intestinale accrue et donc d’un passage plus important que la normale d’histamine dans l’organisme et d’inflammation.

N’oublions pas non plus l’effet du stress chronique sur la paroi intestinale ! La sécrétion accrue et sur la durée de cortisol vient inflammer la paroi intestinale et augmenter la perméabilité de cette barrière…

3- Déficience en certains cofacteurs

Les enzymes ont besoin de cofacteurs pour fonctionner, comme un ouvrier à besoin d’outils pour travailler. Généralement il s’agit de vitamines ou d’oligo-éléments qui leur permettent de fonctionner de manière optimale.

Les vitamines B6, B12, B9, B1 et C ainsi que le magnésium et le cuivre sont indispensables au fonctionnement optimal de ces enzymes et donc d’une bonne dégradation de l’histamine. De manière indirecte, le molybdène peut également jouer un rôle dans la détoxification de l’histamine (et d’autres composés)

4-Inhibition des enzymes DAO ou HNMT

Certains composés peuvent venir inhiber les enzymes dégradant l’histamine :

  • L’alcool
  • Présence en grande quantité d’autres amines comme la cadavérine et la putrécine, produites lors de la dégradation des protéines par certaines bactéries de l’intestin. En cas d’excès de flore de putréfaction ces métabolites sont produits en quantité plus importante et peuvent venir inhiber la DAO ou l’HNMT. En cas de SIBO ou d’intestin irritable où les végétaux sont souvent diminués (car beaucoup sont riches en FODMAP) au profit des protéines, le risque d’un fonctionnement ralenti des enzymes dégradant l’histamine est donc accru.
  • Les œstrogènes ont également la capacité de diminuer l’activité de la DAO (et de rendre les récepteurs plus sensibles !). Les femmes en hyper-ostéogénie (réelle ou relative) peuvent donc avoir une dégradation de l’histamine réduite, surtout au moment de l’ovulation et en pré-menstruel
  • Enfin, certains médicaments peuvent également inhiber la DAO : certains analgésiques, myorelaxants, hypertenseurs, anti-arythmiques, antihypertenseurs, bronchodilatateurs, antiémétiques, et certains antidépresseurs.

 J’ai une intolérance à l’histamine : je peux faire quoi pour aller mieux?

Lorsqu’on suspecte ou que l’on a identifié un trouble lié à l’histamine, il est bon d’agir à la fois sur le symptôme et sur la cause (si tant est que celle-ci ne soit pas innée, bien entendu), pour corriger le problème dans la durée.

  1. Agir sur les symptômes

La première chose à faire en cas d’intolérance à l’histamine est déjà de limiter, voire enlever, les aliments riches en histamine ou libérateurs d’histamine. Certains, comme le Dr Jacobi, préconisent d’éviter strictement tous les aliments susceptibles d’augmenter le pool d’histamine ou augmentant leur libération, pendant 4 à 6 semaines le temps de faire diminuer drastiquement les symptômes et d’agir sur la cause profonde. Ensuite il est possible de les réintégrer progressivement, en commençant par les aliments libérateurs d’histamine, puis les autres. Il est important de noter que l’intolérance à l’histamine n’est pas un processus de type ‘tout ou rien’. Bien souvent, un certain niveau d’histamine reste toléré. Il convient donc d’identifier ce niveau de tolérance d’avoir par l’éviction totale puis une réintroduction progressive, d’abord en ajoutant les aliments libérateurs d’histamine, puis les autres.

Afin de rentrer dans un régime d’éviction trop strict pour certains ou pour pouvoir manger à l’extérieur sans craindre du retour de bâton derrière, il est aussi possible de se complémenter en enzyme DAO (DAOsin, DAOfood, …) 20min avant les repas.

Remarque : certaines plantes ont aussi des propriétés antihistaminiques : la quercétine ainsi que l’huile de cumin noir ou nigelle. Elles peuvent s’avérer utiles en supplément.

  1. Agir sur la ou les causes du déséquilibre

  • Les médicaments

Certains médicaments peuvent diminuer l’action de la DAO et de l’HNMT, on l’a vu plus haut. Si vous suspectez que cela est le cas, parlez-en à votre médecin.

  • Les carences en cofacteurs : vitamine B6, B9, B12, C, cuivre, vitamine A

A vérifier par des dosages (sauf vitamine C et magnésium). Attention, si vous vous complémentez à favoriser des formes biodisponibles. En magnésium, optez pour du magnésium chélaté ou bisglycinate, pour les vitamines B9 et B12, optez pour la forme méthyl (méthylfolate et méthylcobalamine).

  • La dysbiose et l’équilibre de l’écosystème intestinal

Les déséquilibres de l’écosystème intestinal, que ce soit une dysbiose du grêle (SIBO) ou du colon, sont souvent des causes d’une intolérance à l’histamine. Le sujet est complexe et pour ne pas faire n’importe quoi ou partir dans tous les sens, faites vous accompagner d’un thérapeute compétent dans ce domaine.

  • L’équilibre hormonal

En cas de déséquilibre hormonal visible par un syndrome prémenstruel important, des cycles irréguliers, des règles hémorragiques, de l’acné, une endométriose, je vous invite à me contacter pour venir rééquilibrer autant que possible cela grâce à l’action des plantes (l’acupuncture peut aussi aider)..

  • Le stress

Et oui, encore et toujours lui. Le stress chronique lié ou non à un Earli life stress (=stress de l’enfance voire pendant la gestation) est très souvent un facteur aggravant (si pas déclenchant). Une prise en charge globale de ce dernier par différentes approches sera indispensable en parallèle. Je ne détaillerai pas plus ce sujet ici, tant il y a à dire, mais clairement, ce type de stress ne se solutionne pas juste avec des plantes adaptogènes et un peu de cohérence cardiaque….même si ces outils sont précieux 😉

 

Sources :

L’histamine, l’incontournable en prévention et thérapie- Dr Wetchoko, 2025

1 Zierau O, Zenglussen AC, Jensen F. Role of female sex hormones, estradiol and progesterone, in mast cell behavior. Frontiers in Immunology 2012;3:doi:10.3389/fimmu.2012.00169

2- Konturek PC, Brzozowski T, Konturek SJ. Stress and the gut: pathophysiology, clinical consequences, diagnostic approach and treatment options. J Physiol Pharmacol. 2011 Dec;62(6):591-9. PMID: 22314561.

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